Nos organisations, conscientes de
l’urgence sociale et écologique et donnant l’alerte depuis des années,
n’attendent pas des discours mais de profonds changements de politiques,
pour répondre aux besoins immédiats et se donner l’opportunité
historique d’une remise à plat du système, en France et dans le monde.
Dès à présent, toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé
des populations celle des personnels de la santé et des soignant·e·s
parmi lesquels une grande majorité de femmes, doivent être mises en
œuvre, et ceci doit largement prévaloir sur les considérations
économiques. Il s’agit de pallier en urgence à la baisse continue,
depuis de trop nombreuses années, des moyens alloués à tous les
établissements de santé, dont les hôpitaux publics et les Ehpad. De
disposer du matériel, des lits et des personnels qui manquent :
réouverture de lits, revalorisation des salaires et embauche massive,
mise à disposition de tenues de protection efficaces et de tests, achat
du matériel nécessaire, réquisition des établissements médicaux privés
et des entreprises qui peuvent produire les biens essentiels à la santé,
annulation des dettes des hôpitaux pour restaurer leurs marges de
manœuvre budgétaires...
Pour freiner la pandémie, le monde du travail doit être mobilisé
uniquement pour la production de biens et de services répondant aux
besoins essentiels de la population, les autres doivent être sans délai
stoppées. La protection de la santé et de la sécurité des personnels
doivent être assurées et le droit de retrait des salarié·e·s respecté.
Des mesures au nom de la justice sociale nécessaires
La réponse financière de l’État doit être d’abord orientée vers
tou·te·s les salarié·e·s qui en ont besoin, quel que soit le secteur
d’activité, et discutée avec les syndicats et représentant·e·s du
personnel, au lieu de gonfler les salaires des dirigeant·e·s ou de
servir des intérêts particuliers.
Pour éviter une très grave crise sociale qui toucherait de plein
fouet chômeurs·euses et travailleurs·euses, il faut interdire tous les
licenciements dans la période. Les politiques néolibérales ont affaibli
considérablement les droits sociaux et le gouvernement ne doit pas
profiter de cette crise pour aller encore plus loin, ainsi que le fait
craindre le texte de loi d’urgence sanitaire.
Le néolibéralisme, en France et dans le monde, a approfondi les
inégalités sociales et la crise du coronavirus s’abattra notamment sur
les plus précaires. Selon que l’on est plus ou moins pauvre, déjà malade
ou non, plus ou moins âgé, les conditions de confinement, les risques
de contagion, la possibilité d’être bien soigné ne sont pas les mêmes.
Des mesures supplémentaires au nom de la justice sociale sont donc
nécessaires : réquisition des logements vacants pour les sans-abris et
les très mal logés, y compris les demandeurs·euses d’asile en attente de
réponse, rétablissement intégral des aides au logement, moratoire sur
les factures impayées d’énergie, d’eau, de téléphone et d’internet pour
les plus démunis. Des moyens d’urgence doivent être débloqués pour
protéger les femmes et enfants victimes de violences familiales.
Les moyens dégagés par le gouvernement pour aider les entreprises
doivent être dirigés en priorité vers les entreprises réellement en
difficulté et notamment les indépendants, autoentrepreneurs, TPE et PME,
dont les trésoreries sont les plus faibles.
Et pour éviter que les salarié·e·s soient la variable d’ajustement,
le versement des dividendes et le rachat d’actions dans les entreprises,
qui ont atteint des niveaux record récemment, doivent être
immédiatement suspendus et encadrés à moyen terme.
Trop peu de leçons ont été tirées de la crise économique de 2008. Des
mesures fortes peuvent permettre, avant qu’il ne soit trop tard, de
désarmer les marchés financiers : contrôle des capitaux et interdiction
des opérations les plus spéculatives, taxe sur les transactions
financières…
De même sont nécessaires un contrôle social des banques, un
encadrement beaucoup plus strict de leurs pratiques ou encore une
séparation de leurs activités de dépôt et d’affaires.
Des aides de la BCE conditionnées à la reconversion sociale et écologique
La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé une nouvelle injection
de 750 milliards d’euros sur les marchés financiers. Ce qui risque
d’être à nouveau inefficace. La BCE et les banques publiques doivent
prêter directement et dès à présent aux États et collectivités locales
pour financer leurs déficits, en appliquant les taux d’intérêt actuels
proches de zéro, ce qui limitera la spéculation sur les dettes
publiques.
Celles-ci vont fortement augmenter à la suite de la «crise du
coronavirus». Elles ne doivent pas être à l’origine de spéculations sur
les marchés financiers et de futures politiques d’austérité budgétaire,
comme ce fut le cas après 2008.
Cette crise ne peut une nouvelle fois être payée par les plus
vulnérables. Une réelle remise à plat des règles fiscales
internationales afin de lutter efficacement contre l’évasion fiscale est
nécessaire et les plus aisés devront être mis davantage à contribution,
via une fiscalité du patrimoine et des revenus, ambitieuse et
progressive.
Par ces interventions massives dans l’économie, l’occasion nous est
donnée de réorienter très profondément les systèmes productifs,
agricoles, industriels et de services, pour les rendre plus justes
socialement, en mesure de satisfaire les besoins essentiels des
populations et axés sur le rétablissement des grands équilibres
écologiques.
Les aides de la Banque centrale et celles aux entreprises doivent
être conditionnées à leur reconversion sociale et écologique : maintien
de l’emploi, réduction des écarts de salaire, mise en place d’un plan
contraignant de respect des accords de Paris…
Car l’enjeu n’est pas la relance d’une économie profondément
insoutenable. Il s’agit de soutenir les investissements et la création
massive d’emplois dans la transition écologique et énergétique, de
désinvestir des activités les plus polluantes et climaticides, d’opérer
un vaste partage des richesses et de mener des politiques bien plus
ambitieuses de formation et de reconversion professionnelles pour éviter
que les travailleurs·euses et les populations précaires n’en fassent
les frais.
De même, des soutiens financiers massifs devront être réorientés vers
les services publics, dont la crise du coronavirus révèle de façon
cruelle leur état désastreux : santé publique, éducation et recherche
publique, services aux personnes dépendantes…
Relocalisation de la production
La « crise du coronavirus » révèle notre vulnérabilité face à des
chaînes de production mondialisée et un commerce international en flux
tendu, qui nous empêchent de disposer en cas de choc de biens de
première nécessité : masques, médicaments indispensables, etc.
Des crises comme celle-ci se reproduiront. La relocalisation des
activités, dans l’industrie, dans l’agriculture et les services, doit
permettre d’instaurer une meilleure autonomie face aux marchés
internationaux, de reprendre le contrôle sur les modes de production et
d’enclencher une transition écologique et sociale des activités.
La relocalisation n’est pas synonyme de repli sur soi et d’un
nationalisme égoïste. Nous avons besoin d’une régulation internationale
refondée sur la coopération et la réponse à la crise écologique, dans le
cadre d’instances multilatérales et démocratiques, en rupture avec la
mondialisation néolibérale et les tentatives hégémoniques des États les
plus puissants.
De ce point de vue, la « crise du coronavirus » dévoile à quel point
la solidarité internationale et la coopération sont en panne : les pays
européens ont été incapables de conduire une stratégie commune face à la
pandémie. Au sein de l’Union européenne doit être mis en place à cet
effet un budget européen bien plus conséquent que celui annoncé, pour
aider les régions les plus touchées sur son territoire comme ailleurs
dans le monde, dans les pays dont les systèmes de santé sont les plus
vulnérables, notamment en Afrique.
Tout en respectant le plus strictement possible les mesures de
confinement, les mobilisations citoyennes doivent dès à présent déployer
des solidarités locales avec les plus touché·e·s, empêcher la tentation
de ce gouvernement d’imposer des mesures de régression sociale et
pousser les pouvoirs publics à une réponse démocratique, sociale et
écologique à la crise.
Plus jamais ça !
Lorsque la fin de la pandémie le permettra, nous nous donnons
rendez-vous pour réinvestir les lieux publics et construire notre « jour
d’après ».
Nous en appelons à toutes les forces progressistes et humanistes, et
plus largement à toute la société, pour reconstruire ensemble un futur,
écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées
jusque-là et le désordre néolibéral.