Madame la ministre,
À plusieurs reprises, vous avez fait savoir votre souhait d’avoir «
un dialogue constant, sincère et direct » avec les organisations
syndicales. Ces échanges sont indissociables de la démocratie sociale.
Certains de vos prédécesseurs ont largement mis à mal ce principe par
des pratiques inacceptables. Nos organisations souhaitent revenir sur la
diffusion à la presse des informations incomplètes et erronées à la
sortie de la réunion avec votre cabinet mercredi dernier. Nous ne
pourrons tolérer que les organisations syndicales représentatives soient
ainsi malmenées et méprisées. Un dialogue social constant, sincère et
direct dites- vous ? Les paroles ne suffiront pas, il faudra des actes.
L’École est à un point de bascule,
asphyxiée par un manque de moyens évident mais aussi par un enchaînement
de réformes qui ont profondément transformé et brutalisé nos métiers,
tout en aggravant les difficultés de notre système éducatif. Dix
semaines après la rentrée, des élèves n’ont encore pas eu certains
cours, n’ont pas d’AESH ou n’ont pas de remplaçants. Cette rentrée
marque une étape supplémentaire dans la dégradation du service public
d’Éducation. Les conditions de travail sont aussi dégradées par des
effectifs souvent lourds dans le 1er degré comme dans le 2nd degré. Tous
les jours, nos collègues nous disent leur colère, leur amertume, leur
désenchantement, leur souffrance au travail, d’autant plus que le
gouvernement leur impose de travailler deux ans de plus en raison de la
réforme Borne/Macron dont nous continuons à demander l’abrogation.
L’École est tenue à bout de bras par des personnels à bout de souffle,
malmenés et méprisés. Vous devez cesser de jouer avec la conscience
professionnelle de nos collègues pour faire fonctionner une École qui
manque de tout.
C’est dans ce contexte que nous avons
appris la suppression de 4000 postes d’enseignants à la prochaine
rentrée. Cette annonce est scandaleuse : elle va conduire à des
suppressions de postes, des fermetures de classes, d’écoles, une
diminution de l’offre de formation qui vont mettre à mal le service
public d’Éducation. Et contrairement à ce que vous et vos collègues du
gouvernement ne cessez de répéter, il ne s’agit pas de suivre la
démographie. Si la variable démographique était vraiment votre boussole
et celle de vos prédécesseurs, des emplois auraient été créés et non
supprimés dans le second degré ces six dernières années, pendant
lesquelles nous avons eu 8865 élèves supplémentaires. Ce sont donc des
choix politiques, que vous portez et que vous assumez, ceux de ne pas
préserver l’Éducation nationale de l’austérité et d’aggraver la crise
que nous traversons. Nous ne l’acceptons pas et c’est le sens de
l’alerte sociale que nous avons déposée en intersyndicale. Nous exigeons
l’annulation des plus de 4000 suppressions de postes et la création de
tous les postes nécessaires.
Le « Choc des savoirs » ne s’applique
pas complètement dans tous les établissements en cette rentrée,
notamment sur les groupes de niveaux grâce à la mobilisation des
personnels. Nous continuons à nous opposer aux mesures du Choc des
savoirs et à demander leur abandon. Par exemple, les évaluations
nationales standardisées obligatoires doivent être abandonnées, et les
mesures en suspens comme la généralisation des classes prépa secondes
doivent être retirées.
Madame la ministre, vous arrivez à la
tête d’une École où les enseignants sont parmi les moins bien rémunérés
d’Europe, avec les classes parmi les plus chargées dans le 1er comme le
2n d degré et où les inégalités scolaires et sociales sont criantes. La
gravité de la situation appelle des mesures d’urgence : augmentation
immédiate des salaires sans contreparties et abandon du Pacte, création
de postes, diminution des effectifs dans les classes, création d’un
statut de fonctionnaire pour les AESH. Il est indispensable d’engager
les premiers pas d’une loi de programmation pluriannuelle de
revalorisation salariale et de recrutements et de sortir d’une vision de
court terme et budgétaire. En l’absence de réponse, notamment à notre
alerte sociale unitaire déposée le 13 octobre et au préavis de grève qui
y est associé, nous organiserons rapidement avec les personnels les
mobilisations nécessaires.
À Paris, le 21/10/24