Envisagée dans un rapport non rendu public, la réforme de la filière
des métiers d’art de l’enseignement professionnel vise à remplacer
l’actuel cursus en 4 ans (CAP et BMA), par un Brevet National des
Métiers d’Art (BNMA) en 3 ans.
Dans sa note de présentation, la DGESCO constate que « l’ensemble de la filière des métiers d’art souffre d’un manque de main-d’œuvre qualifiée » et propose paradoxalement de réduire le temps de formation et la nature de celle-ci, ce que la CGT Éduc’action conteste.
Une orientation plus compliquée pour les élèves
Alors qu’actuellement, le CAP, clairement identifié par les familles,
permet de construire la culture des métiers d’art pour s’engager vers
une formation BMA plus approfondie, la future orientation en BNMA dès la
sortie de 3ème mettra les familles et les élèves dans un choix délicat de professionnalisation précoce.
Le recrutement proposé dans la réforme est national. Or toutes les
familles n’ont pas les moyens d’envoyer leur enfant de 14 ans loin de
chez elles.
Des suppressions de postes et des reconversions difficiles
Ainsi, la crainte est réelle de voir se multiplier les fermetures de
sections de CAP dans les lycées préparant au BNMA, faute de demandes
suffisantes pour des raisons d’accessibilité et de mobilité. Pour les
enseignant·es, cette réforme entraîne donc à la fois une perte du sens dans leur travail et des menaces sur les postes.
Les enseignant·es, dont les postes vont être supprimés, vont se
retrouver, compte tenu de la spécificité de leur discipline, sans
possibilité réelle de reconversions ou de mutations.
Émanciper les élèves
L’adéquationnisme désiré par l’industrie du luxe impose à la filière des objectifs de formation exclusivement tournés vers la production au détriment de la dimension créative.
C’est une remise en cause fondamentale et historique du design et des
arts appliqués comme disciplines émancipatrices. Les élèves ont besoin
de temps pour réussir et s’émanciper dans ces métiers très exigeants.
D’abord apprendre le geste, le maîtriser, en développer de nouveaux.
Puis découvrir la culture du métier, explorer l’histoire, les styles,
les procédés de création pour ensuite expérimenter des possibles et
réaliser in fine des projets de grande qualité.
Cette réforme a été menée tambour battant, sans
concertation avec les personnels, les organisations syndicales, et les
artisan·es d’art. L’Éducation nationale n’a pas vocation à être au
service de politiques adéquationnistes qui subordonnent la formation aux seuls besoins immédiats du marché du travail.
La CGT Éduc’action exige son retrait, le temps de construire un
projet concerté et ambitieux pour les élèves et les personnels. Le lycée
professionnel doit garder son rôle émancipateur en permettant une insertion professionnelle de qualité et des poursuites d’études nombreuses.
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